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Un lecteur averti… par Je vous ai prévenus.com

Kenneth B Andersen
Le père Noël assassiné
Traduit du danois par Frédéric Fourreau
Pocket Jeunesse, 2016

Voici un polar pour le temps de l’avent, puisqu’il débute un 1er décembre et se termine le 25. La victime en est le père Noël, qui est à la tête de l’Atelier, firme de fabrication de cadeaux qui achemine ses produits dans le monde entier (sûrement sur commande par Internet). Qui a bien pu en vouloir à un homme aussi bien intentionné ? Cette nuit-là, deux jumeaux, Frederik et Kathrine, font un affreux cauchemar. Aslan, leur chat a un comportement bizarre et se transforme en un lutin du nom d’Aruld Hildemar Torrildsøn III qui leur annonce, ainsi qu’à leur ami Jesper, que le père Noël a été assassiné. Et sur Rudalf, son renne, il les emmène au Groenland, non sans les avoir clonés pour qu’ils ne manquent pas à leurs parents. Ils font escale chez l’oncle d’Aruld, qui est terrifié d’avoir reçu la visite des « killikantzaros » (individus monstrueux non-identifiés) qui ne tardent d’ailleurs pas à le tuer. Une fois parvenus dans l’Atelier (situé quelque part dans la Voie lactée – mais relié à la Terre par La Poste, apparemment !), ils constatent qu’on y fabrique non seulement les cadeaux du père Noël mais aussi les êtres humains (et même la vie tout court, et donc la mort, autre cadeau du père Noël auquel le marketing moderne n’a peut-être pas encore pensé, espérons-le), et que les lutins y sont massacrés en masse ou réduits en esclavage. Ils ont le temps de croiser au passage le Petit Chaperon rouge (qui a échappé au massacre, dieu soit loué), avant de se trouver face avec « une créature tout de noir vêtue » (tiens, un avatar de Dark Vador) et d’être jetés dans un cul de basse fosse… sidéral. 

Stop !!! Parvenu à mi-chemin de ces élucubrations qui pourraient peut-être intéresser un enfant de dix ans ayant sucé la réalité virtuelle avec le lait maternel, le recenseur se demande si elles ont quoi que ce soit à voir avec un roman policier et est bien forcé de répondre par la négative. Il estime donc honnête de rendre son tablier avant que les « killikantzakos » ne lui fassent la peau, à lui aussi, car ils semblent possédés par une soif de sang inextinguible, cela fera une victime de moins. À la page 155, il est question d’une bibliothèque renfermant tous les livres qui n’ont pas encore été écrits. C’est l’endroit idéel pour ranger celui-ci – afin qu’il ne soit pas à la portée des âmes sensibles influençables et d’éviter ainsi bien des traumatismes indélébiles aux conséquences fatalement criminogènes.

Je vous ai prévenu

Åke Edwardson
Marconi Park
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Lattès, 2016

Un certain Robert Hall (décrit par sa femme comme psychopathe) est retrouvé assassiné dans un parc, la tête dans un sac en plastique, pantalon baissé sur les chevilles, et posé sur un morceau de carton à gâteau portant la lettre R écrite à l’encre noire. Puis c’est au tour de Jonatan Bersér, mis à mort dans les mêmes circonstances, cette fois avec la lettre O. Et voilà que quelqu’un appelle le jeune Gustav Lefvander (fils d’Amanda Bersér, maintenant divorcée) avec le portable de Jonatan, sans doute pour l’avertir de l’arrivée de la police car il prend aussitôt ses jambes à son cou. La troisième victime est, pour changer, une femme : Matilda Cors, avocate fiscaliste. Elle porte la lettre I, mais n’a pas été dénudée – pudique attention de la part du meurtrier. La quatrième victime a pour nom Johan Schwartz ; cette fois, le meurtre a lieu à Stockholm et non plus à Göteborg, et il est signé de la lettre A. Quel mot peut-on composer, au scrabble, avec ces lettres (ainsi que celles qui sont encore à tirer du chapeau, lors des meurtres à venir ?) La réponse est au chapitre… (mais chut, il ne faut pas le dire). L’enquête, elle, se concentre sur un homme qui s’est enfui d’une patinoire en voyant la police arriver, sur les acheteurs de cartons à gâteau er sur les films de famille. Elle est assez bien conduite, même si on devine vite où elle va nous entraîner. Elle présente aussi diverses originalités qui feront sans doute se pâmer d’aise quelques critiques : une série de très brefs chapitres, tous numérotés « 0 », qui peuvent se passer n’importe et n’importe quand, et avoir trait à n’importe qui et n’importe quoi ; un nombre étonnant de personnes qui s’enfuient à la simple vue d’un membre de la police (en civil) ; des souvenirs (plus ou moins rêvés) d’un enfant de… deux ans ; et une poursuite à vélo dans les rues de Stockholm, narrée sous forme de monologue intérieur, qui occupe une bonne dizaine de pages. Cela ne suffit pourtant pas à faire de ce livre un chef-d’œuvre. La raison est peut-être à trouver dans son personnage principal. Car, quand on lit sur la 4e de couverture que Le Monde des livres a pu écrire qu’Erik Winter est « avec le commissaire Wallander de Henning Mankell, la figure la plus réussie du polar suédois contemporain », on reste confondu de stupéfaction. L’ennui, dans cette série déjà longue, c’est justement que celui-ci reste totalement inintéressant même lorsqu’il va consulter un psy. Si l’on ajoute à cela la pauvreté de la langue et du style, et un dialogue parfois incompréhensible tellement il est à base d’allusions, le bilan n’est pas « globalement positif ».

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