accueil édito

Le Poète est semblable au prince des nuées 
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; 
Exilé sur le sol au milieu des huées, 
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. 

Baudelaire, L’Albatros  

Les illustrations que propose Thierry Gaudin constituent une série de variations « à vous  donner l’envie de retourner vers les oiseaux », comme l’écrivait Léo Ferré, alors qu’on ne peut plus dire que l’on prend la plume pour coucher ses pensées sur le papier. Ni plume ni papier pour écrire,  ou presque plus, alors salut aux oiseaux, comme à ceux qui écrivent encore. 

Les pages qui suivent sont signées d’habituels anacoluthiens, que je cite dans un joyeux désordre, comme James Tanneau, Michel Sans, Philippe Bouquet, Bernard Sénéchal, Victoria  Horton, Jack Vérité, Jean-Luc Painaut, ou encore votre serviteur qui a choisi de faire la recension du dernier livre de notre ami Baptiste-Marrey. On y accueille également une double lecture critique de Raymond Alcovère portant sur deux livres de Michel Diaz. Le même Michel Diaz  ouvre et ferme ce 40e de L’Iresuthe. 

Il l’ouvre avec une belle et longue lettre au poète Claude Cailleau qui, depuis la ville de Sablé toute proche (il y a aussi un poète à Sablé !), dirige une revue trimestrielle, Les Cahiers de la  Rue Ventura, dont la 35e livraison est parue en mars 2017. En l’occurrence, la rue Ventura en  question porte aussi un prénom. Pas celui de Ray (Claude Cailleau n’a pas enseigné aux mêmes collégiens), mais celui de Lino. Saluons donc fraternellement Claude Cailleau, son œuvre et son  action poétiques considérables*. 

Michel Diaz nous donne, en fin de ce numéro, deux nouvelles chroniques, l’une sur un  livre de poésie, l’autre sur un roman, en l’occurrence, le dernier de François Vallejo. François qui  par ailleurs a eu l’opportunité de signaler notre revue dans une longue enquête de Hubert Prolongeau sur les journaux d’écrivains (comme ceux de Matthieu Galey, André Gide, Julien  Green, ou Paul Léautaud) parue dans Le Magazine littéraire n° 576 de février 2017. Parmi plusieurs  écrivains, Pierre Bergounioux, Dominique Noguez, Éric Chevillard, Laure Murat, François  Taillandier, Jean Clair, François est interrogé lui aussi sur cet exercice qu’il ne pratique pas en soi.  Il y explique que certaines habitudes d’écriture marginales s’y apparentent. Il déclare alors enfin  d’entretien : « Je fais occasionnellement paraître, dans une toute petite revue confidentielle et amie appelée L’Iresuthe, des paradoxes et apophtegmes que j’attribue à un hétéronyme, mon double, sous le nom de ″Pensées et  opinions de Franz-Francisco″. Ces séries de phrases, plutôt absurdes ou nonsensiques, sont tirées de ma  conversation, d’un échange spontané oral ou écrit, ou encore d’un surgissement inattendu. Elles commentent le  moment, en le haussant vers une philosophie fantaisiste et provisoire, font reluire nos idioties personnelles et  collectives, finalement me ressemblent beaucoup, sans se croire, peut-être à tort, l’expression de ce qu’on confie à un  journal. »  

Les bons livres, l’art et la littérature demeurent à notre menu, quoi qu’il advienne. Bonne  dégustation, et bon vol…  

Jean-Claude Vallejo

* Est paru, fin 2016, aux Éditions Tensing : Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence, de Claude Cailleau « Ce petit livre de 60 pages, explique-t-il, clôt ma recherche sur l’écriture de la poésie. Après le vers ″classique″ (Mots du jour et de la nuit, Éditions du Gril), le vers libre (Sur les feuilles du temps, Éd. Écho Optique), le verset (Le Roman achevé, Éd. du Petit Pavé), voici la prose. Sans l’artifice d’une disposition en vers pour signaler qu’il s’agit bien de poésie, le texte est seul, avec ses images, son rythme, ses sonorités (sa musique) pour que le lecteur le reconnaisse comme poème. » Cette tétralogie accompagne le parcours du poète et du revuiste dont l’expérience a nourri cette recherche, développant du même coup sa conception de la poésie.